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Pour son troisième documentaire, le trublion Michael Moore part à l'assaut de l'un des bastions les plus ancrés dans les institutions et la culture américaine : la vente libre et la détention légale d'armes à feu. Double point de départ de son enquête : le massacre de Columbine dans le Colorado et le record du plus jeune assassin tristement détenu par Flint, petite bourgade du Michigan. Dans les deux cas, le regard se porte sur des enfants flingueurs. En usant d'un montage percutant d'images en tout genre – archives de publicités ventant "l'american way of life", interviews, caméras de surveillance, journaux télévisés –, Michael Moore accumule ses sources en venant puiser, pour les besoins de son propos militant, dans l'histoire, la donnée statistique et l'enquête de terrain. Rarement on a pu voir un tir groupé tragi-comique aussi dévastateur. C'est que, loin de ne cibler qu'un unique responsable, le documentariste multiplie les pistes de réflexion sur une politique étrangère basée sur la violence, une politique sociale absurde voire inexistante, un lobby des armes à feu dont la puissance n'a d'égale que le cynisme, des médias simplificateurs au discours manichéen source du racisme ambiant et d'une paranoïa collective. À la fois drôle, édifiant et terrible, Bowling for Columbine justifie assurément l'avalanche de prix qu'il a reçus. Parions que Little Big Moore n'en a pas fini de lutter avec les paradoxes américains.
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